Des chrétiens au service des plus démunis

Témoignage 91 - Brésil
Juillet 2007

Paroisse Notre Dame des Alagados à Salvador de Bahia

A Salvador de Bahia, on sait qu’environ 70% de la population vit dans des favelas.
Les Alagados (marécages), sont des favelas dans lesquelles des gens s’agglutinent, en de la province. Ils ont été attirés par la ville de Salvador pensant pouvoir améliorer leur situation…
Comme il n’y avait plus de quartier disponible, ils ont installé des maisons sur pilotis en bord de mer et ont remblayé avec les ordures des camions poubelles de Salvador. C’est ce que l’on appelle ici le quartier de l’invasion. Certaines maisons sont maintenant en dur mais pas finies. Il y a un certain relais fait par le gouvernement dont le but est d’enlever la visibilité de la pauvreté sur la mer…Il y a 50 ans, toute la paroisse était de l'eau !

Mais surtout c’est un haut lieu et un grand lieu de drogue. Dans toutes les familles, il y a un tué. Un jeune garçon de 16/17 ans a une espérance de vie d’environ 6 mois dans ce quartier là.
Il y a tout le temps des règlements de compte avec des flingues et dans tous les sens, un peu façon western. Et nous aussi avons assisté à une arrestation…planqués derrière un mur par peur d’une balle perdue…
La Police a des enjeux dans les trafics. Elle n’est pas fiable car elle est impliquée. Elle sait qui est trafiquant. Elle prend quelqu’un et moyennant rançon le relâche. Il y a au moins 50 morts tués par balle chaque année dans ce quartier de 30 000 habitants.
La mort, le sang, la violence sont une vraie réalité aux Alagados.

Le curé de la paroisse Notre Dame des Alagados est depuis 2003 le Père Bernard de Villanfray (prêtre Fidei Donum du diocèse de Marseille, et membre de l’Emmanuel) qui y restera jusqu’à l’année prochaine. Très chaleureusement accueillis, il nous fera découvrir un lieu des plus dangereux de notre voyage : le quartier de sa paroisse Notre Dame des Alagados, sans doute la plus pauvre de Salvador. Aujourd'hui pourtant, le terrain qui appartient encore à la "marine", se vend cher quand l’Eglise veut en acheter des mètres carrés. Ce qu’est en train de réaliser le P. Bernard, dans le quartier de l’invasion pour construire une chapelle et une petite maison de la Congrégation d’Irma Dulci : les Filles de Marie Servantes des pauvres.

L’église en briques rouge avait attiré l’œil par sa visibilité en haut de la colline plus que par sa beauté extérieure. Par contre une fois à l’intérieur, nous sommes saisis par une grande photo de Ste Thérèse, une autre du Pape Jean Paul II serrant dans ses bras une jeune fille de la favela des Alagados. Une statue magnifique et originale de Notre Dame des Alagados est placée au centre d’une peinture représentant toute la paroisse et ses paroissiens y compris Irma Dulci qui oeuvrait ici… Bref, toute une vie de charité autour du Christ présent à travers les plus pauvres du quartier. C’est vraiment incarné dans un quotidien très concret. On sent une communauté très pratiquante associée à une foi dévotionnelle.

Nous avons la chance d’être là au moment où on célèbre la fête patronale de Notre Dame des Alagados, du 28.06 au 7.07.07 ! En effet, c’est le jour anniversaire de la venue du pape Jean Paul II (07.07.1980) en ce lieu, donc la naissance officielle de cette paroisse construite pour cette occasion et sur la terre ferme (ancienne île) en plus ! Nous ferons avec 1000 personnes la marche d’un soir, escortés par la fanfare de la Police…

C’est une paroisse unique au Brésil, la plus pauvre des plus pauvres mais riche de son histoire avec la visite de Jean-Paul II en 1980 et 1991, mais aussi de Mère Teresa de Calcutta en 1979 et le travail social d'Irma Dulce (religieuse brésilienne en cours de béatification cf Rencontre sur le site). Elle a une vocation de sainteté vécue dans des conditions matérielles et humaines absolument extrêmes…On l’appelle même " la Paroisse du Pape ".

 

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Témoignage 90 - Brésil
Juillet 2007

Père Bernard de Villanffray, curé de Notre Dame des Alagados
Salvador de Bahia

" La mission est humble mais belle " nous annonce le P. Bernard avec une joie évidente jointe à une certaine fatigue. C’est la violence au quotidien, la vigilance permanente nécessaire et les constructions variées qu’il a réalisées pour développer de nombreux projets sur la paroisse qui l’ont occupé nuit et jour pendant 4 ans !

Le père Bernard est heureux de nous partager sa vie de prêtre, sa charge de curé au sein de cette fameuse paroisse (cf Paroisse ND des Alagados sur le site). Nous sommes très impressionnés par l’environnement qui ne respire ni la beauté, ni la douceur, ni l’harmonie, mais plutôt la pauvreté, la débrouille, la violence, la peur. Pourtant nous y trouverons aussi des parcelle de joie, de gentillesse et une foi solide par endroits.

La paroisse et le lieu de vie du P. Bernard, sont situés sur une petite colline au milieu de la favela. Trois chiens nous accueillent dans les locaux du prêtre avec des aboiements généreux et bruyants. C’est une question de survie. Le P. Bernard est le premier prêtre à habiter à coté de l’église tellement c’est dangereux, mais vraiment cela lui tenait à cœur. Alors, il faut quand même prendre des moyens de sécurité adaptés…
Actuellement, Jean Emmanuel vit avec lui depuis 6 mois. Il est séminariste de la communauté de l'Emmanuel. Au sein de la paroisse, il est gérant d'une cantine et d'un soutient scolaire qui accueillent près de 80 enfants. A côté de cela, il aide le P. Bernard dans divers petits services sur la paroisse : cours de français, de guitare, de chorale, présence dans 2 groupes de jeunes, Un stage hautement intéressant dans une paroisse qui reflète bien les difficultés actuelles du Brésil (violence, chômage, échec de l'éducation, ...).

La foi dans cette favela est une question de vie ou de mort. Evangéliser les garçons de 16/17 ans qui n’ont pas de perspective professionnelle peut leur éviter de se diriger vers la drogue. Dans ce quartier, il y a 50 jeunes qui sont tués par la Police militaire chaque année dans de sombres règlements de compte qui avaient lieu là où est maintenant construite l’église !
Lieu de drogue, de prostitution et d’assassinats, il semblait impossible d’y habiter. Pourtant le P. Bernard a relevé ce défi : " j’ai reconquis l’espace de l’église, avec 3 chiens, une alarme, un grand Amour pour le Pape et la grâce de Dieu. En fait, j’ai compris que Notre Dame des Alagados est l’église du Pape puisqu’elle a été construite pour sa venue chez les plus pauvres le 7 juillet 1980. "

L’action du P. Bernard pendant ces 4 années a été notamment tournée vers l’immobilier puisqu’il a construit une maison paroissiale, une chapelle et fait l’acquisition d’un terrain dans " l’invasion " (partie la plus pauvre du quartier) pour y implanter une autre chapelle.
Cette acquisition s’est réalisée au prix d’une énergie folle, d’une patience sans mesure, d’une prière incessante et d’une intelligence anticipatrice évidente. Il lui a fallu utiliser de moyens de pression variés pour arriver à ses fins comme la télévision. Mais aussi son souhait est la canonisation du Pape et d’Irma Dulce pour la valorisation spirituelle du lieu !

Pour lui, il semble extrêmement important d’avoir une grande présence de l’Eglise catholique car les sectes sont très puissantes auprès des plus pauvres, en utilisant sans scrupule, la culpabilisation des gens. " C’est un scandale vivant fait avec l’argent des pauvres " rajoute le P. Bernard. Les sectes paient des impôts à l’Etat alors que pas l’Eglise catholique. C’est pour cela qu’elles ne sont pas combattues. C’est aussi une forme de corruption.

La victoire de la signature du terrain pour construire une chapelle catholique dans ce lieu de la favela appelée " Invasion " ( c'est-à-dire territoire pris sur la mer grâce à des remblais d’ordures) est un miracle du Sacré Cœur de Jésus datant du 15 juin 2007 !
C’était le Nème rendez-vous avec la vendeuse du terrain, née indécise. Alors que toute la communauté priait pour que cela se fasse enfin, elle finit par dire " j’ai été vaincue par la prière ", et cela fut signé.
Le P. Bernard, encore tout heureux de l’heureuse issu de cet évènement nous annonce que cela ouvre une perspective colossale à la paroisse. Il fallait toute la grâce du Cœur ouvert de Jésus pour permettre cette perspective pour les 50 ans à venir. L’Enjeu était fort pour qu’il y ait un tel combat et Il a gagné !

L’énergie du P. Bernard s’est aussi concentrée sur la construction de la maison paroissiale.
Le besoin était là mais pas les fonds…
Et pourtant aujourd’hui, 4 ans après, nous découvrons que 80 enfants qui vont en classe l’après midi sont nourris dans une grande cuisine au petit déjeuner et au déjeuner. Entre les deux repas, un soutien scolaire leur est offert ! Et même chose pour ceux qui après l’école le matin viennent déjeuner, recevoir une aide scolaire et dîner avant de rentrer chez eux ! Cela représente à peu près 300 repas par jour, sans argent ! Nous sommes chez les plus pauvres et ils partagent ! car ce sont les gens du quartier qui donne de leur temps, de leur compétence et de l’argent pour cette aide ! C’est extraordinaire et miraculeux. " Pour moi, c’est Cana tous les jours, l’action de l’Esprit est visible " lâche le P. Bernard, " mais la paroisse paie encore le gaz et cela je ne peux pas, on n’a pas les moyens, il faut que je trouve une solution… "

Enfin, malgré les milles activités, responsabilités et soutiens qu’il fait, le P. Bernard est surtout touché par les situations familiales. " Le grand problèmes, c’est que les hommes sont couchés. Les femmes tiennent la route, mais parfois ne laissent plus, à l’homme, la place qu’il n’a pas su tenir.
" Moi j’ai décidé de m’occuper des hommes mariés. Je relève toute une pastorale familiale basée sur la prière des femmes et ce sont les hommes qui pendant ce temps vont de maison en maison chercher les hommes mariés pour venir les rejoindre. Nous avons des nuits d’adoration uniquement pour les hommes ! et je propose des formations tous les 15 jours pour faire le lien entre la foi et leur vie. "

D’ailleurs, il a aussi fondé aussi une école de la foi pour armer les gens sur l’Eglise Catholique, la foi catholique, l’Eglise universelle. Il a fait venir 5 communautés catholiques pendant une semaine pour évangéliser le quartier en faisant du porte à porte. Cela devrait porter des fruits.

" J’ai beaucoup reçu dans cette paroisse. Même si j’ai perdu 10kg la 1ère année, si j’ai eu une dengue gravissime, j’ai compris que tout ce que j’ai à apprendre des brésiliens est notamment au niveau de la louange, de la compassion et de l’évangélisation. Ils sont extraordinairement forts dans ces domaines. Cette nuit encore, nous avions une nuit d’adoration. Il y avait plus d’une centaine de jeunes qui sont venus louer Dieu en dansant jusqu’à 6h du matin. C’était magnifique car vraiment pour Dieu avec leur énergie, leur joie, leur force, leur mode d’expression. A coté de cela, tout ce que j’avais vu antérieurement, c’est de la bibine !

Et puis j’ai surtout aimé les rencontres que j’ai faites. Je préfère les familles. Ici, les gens sont intelligents, gentils, commerçants. Mais aussi dans une spirale dynamique qui peut voler le voisin ou tuer sa mère en l’embrassant sur la bouche. Ils ont une philosophie de la vie différente de nous. Ils célèbrent la vie. Ils ont un dynamisme très positif, joyeux, inventif mais assez paresseux. Ils ont un art de vivre fabuleux mais pas très bien structuré dans la pensée.
Et pourtant ils sont tous armés, et ils veulent l’être car il n’y a pas de justice et la Police ne fait pas son travail."

" Ma plus grande joie dans ce quartier follement dangereux, c’est de vivre au milieu du peuple de Dieu. Et puis, je suis heureux de voir les fortifications de la paroisse à travers les bâtiments, mais aussi la structuration de la pastorale, les 250 baptêmes que j’ai célébré cette année et la pastorale familiale. Mon objectif serait d’avoir 20 familles de références dans le quartier qui tiennent le cap. Cela avance, mais on n’y est pas encore !
C’est une expérience riche mais il faut beaucoup de temps pour voir la réalité qu’il y a derrière car ils cachent bien leurs jeux. Ils sont joyeux mais la situation est triste. Il y a beaucoup de grands malheurs. C’est paradoxale car ils font très attention à l’apparence et pourtant leurs maisons ne sont pas finies par exemple !"

" J’ai surtout aimé voir qu’il n’était pas possible de vivre sans Dieu. C’est la clé du mystère de l’homme et comme prêtre c’est fantastique de vivre cela ! "


 

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Témoignage 89 - Brésil
Juillet 2007

Sister Gloria, Sister Maria
et les autres Missionnaires de la Charité

Les Missionnaires de la Charité ! On les aime tellement que nous allons leur faire une petite visite dans leur maison aux Alagados (la première ouverte au Brésil en 1979 poar Mère Teresa elle même).

Elles sont situées au pied de Notre Dame des Alagados, à la limite entre deux quartiers, l’un pauvre et l’autre extrêmement pauvre.

Une vingtaine de personnes âgées vivent là, soutenues, nourries, aimées aux cotés d’une dizaine d’enfants de moins de 2 ans qui viennent du lundi au vendredi et d’autres qui passent uniquement la journée.

Ce sont 6 sœurs qui font tourner ce lieu très difficile de part sa situation géographique et l’esprit de violence qui règne dans la favela.Le quartier est totalement insécure et même les sœurs de Mother Teresa ont eu à subir des agressions.

Sister Gloria, d’une trentaine d’années, kenyane, est arrivée il y a trois semaines.
Auparavant elle était dans une mission en pleine Amazonie, à 2h de voiture suivies de 4h de bateau de Manaus. Elle nous raconte sa mission là bas au cœur de cette forêt où vivent des indigènes dans une pauvreté et une hygiène extrême.
Après ces récits d’aventure, elle nous emmène visiter sa nouvelle mission ici aux Alagados.
Son large sourire, son visage joufflu, ses expressions joyeuses montrent bien combien malgré les difficultés elle est heureuse dans cette Congrégation.
Sister Maria, polonaise a été appelée il y a 3 mois et elle aussi semble bien dans sa vocation chez les Missionnaires de la Charité.
Pourtant, vu par nous tout y est un combat ici. Le danger au sein du quartier, les personnes âgées sont tristes et ne parlent pas. Les enfants orphelins qui arrivent le lundi matin ont si peu mangé le week-end dans leur famille d’accueil, qu’ils se jettent sur la nourriture.

Malgré tout, fidèles à toutes les Sisters des Missionnaires de la Charité que nous avons rencontrées, elle a le don du sourire large et généreux!

Mais ici, nous apprendrons que les sœurs elles mêmes ont été agressées jusque dans leur centre. Nous comprendrons vraiment que la vie n’a pas le même prix. Que la violence est à la porte. Que la drogue peut faire faire des actes inouïs à des personnes en manque.
Jamais tranquilles, elles continuent à arpenter les rues quand même pour soulager les mourants et les handicapés. Elles risquent leur vie. Vraiment. Comme le P. Bernard qui habite en face.

Voilà l’Eglise. A Salvador de Bahia. Encore une fois, présente, là où personne n’oserait aller pour telle ou telle raison. Mais la foi les porte, par Amour ; car rien n’est impossible à Dieu et il faut sauver des âmes, le plus possible. C’est très impressionnant, presque irréel.

 

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Témoignage 88 - Brésil
Juillet 2007

Laure et Grégoire
Des coopérants devenus missionnaires !

Aux Alagados, quartier défavorisé de Salvador de Bahia, se succèdent des volontaires Fidesco depuis 12 ans. La paroisse, Notre Dame des Alagados, fondée par Jean-Paul II en 1980, est un haut lieu de grâces, et aussi le " coeur " de la mission de Grégoire et Laure qui a deux axes bien distincts :
Grégoire travaille à l’ASA (Action Sociale de l’Archevêché), association qui regroupe et coordonne plusieurs projets sociaux diocésains
Laure se consacre à des projets lancés par leurs prédécesseurs : Rêve de Maman (accueil des jeunes filles enceintes) et EVA (Evangélisation de la Vie et de l’Amour, en substance éducation affective et sexuelle pour adolescents), dont la direction a été reprise par les Frères de Saint-Jean.

EVA est une école dont le but est de former une quinzaine de jeunes par an qui vont être des éducateurs sur la sexualité auprès d’autres jeunes dans les écoles et missions de paroisses.
Cette école d’un an est basée sur des cours théoriques durant 20h par semaine pendant 4 mois. Ils reçoivent une formation de théologie, biologie, psychologie, compréhension de l’adolescent, valeurs de la vie…
Puis ils partent en mission pendant 2 semaines à 3 ou 4, au sein de familles, dans des villages.
Enfin la dernière partie de la formation est un mixte de cours et de pratique.
C’est surtout la pédagogie basée sur le théâtre qui remporte le plus grand succès. L’approche est ludique et adaptée aux jeunes avec un accent mis sur l’Amour. Les dynamiques font que les gens mettent des mots par eux-mêmes.
A travers la sexualité, ils vont voir comment l’homme approche ses relations mais aussi le monde !

En fait EVA va prendre une telle importance dans leur coopération que Grégoire et Laure vont se transformer en missionnaires. Ce sont les programmes pédagogiques et spirituels qui les passionneront.

" Ils voulaient rendre ce qu’ils avaient reçu " nous ont –ils dit. Ils désiraient aussi faire quelque chose pour l’Eglise et les plus pauvres, en portant du fruit ensemble.
Leur démarche de coopération était partie du désir de vouloir donner un pli missionnaire à leur vie. Ils voyaient cela comme un tremplin car il leur manquait quelque chose dans leurs engagements paroissiaux.

Aujourd’hui, deux ans après, à quelques jours de leur retour, ils vont revenir différents. " Sachant que l’on ne se renie pas, et qu’il est possible de vivre comme avant, on sait que la sainteté ne reposera pas sur la mocheté. "

Ils travaillaient tous les deux, ils ont dû tout lâcher matériellement. C’était dur, mais il sentait qu’il fallait le faire. Ils n’ont pas touché le chômage car ils désiraient vraiment faire cette démarche de pauvreté ce qui a participé au changement qu’ils ont vécu. Un dénuement matériel et social aussi. " Ici, on s’est retrouvé vraiment nus, et on ne parlait pas la langue non plus. Ce sont nos pauvretés que l’on associait aux pauvretés du quartier. Mais nous savions que nous ne serions jamais pauvres comme eux.

Cependant nous essayons d’approcher ce que les pauvres de la favela vivent, dans la fatigue, l’eau froide, la pollution, le bruit…Le dénuement matériel est quand même important même si la perception est subjective.

Nous avons gagné en unité de vie. Ici tout est mission chrétienne. On est d’ailleurs tous appelés à cela. Nous avons l’impression d’avoir été reconvertis en deux ans en passant par des étapes différentes qui passent de l’émerveillement à la déstabilisation en passant par l’incompréhension. C’est notre rythme de prière et de sacrements qui nous a fait comprendre le mystère de la croix. Ces gens qui continuent à aller à la messe alors qu’ils arpentent les rues. C’est à eux que le Seigneur réserve une place privilégiée.

Et puis la question de l’humilité aussi nous a touchée de près. Dieu est unique et Il est pour les humbles car Il ne peut rentrer que dans les cœurs qui sont humbles et qui l’ouvrent à Dieu.

C’est une vraie catéchèse vivante qui a été vécue et la compréhension de la Parole en chair et en os ! Ici, c’est radical : soit ils vont en enfer, soit c’est le paradis. Ils n’ont presque rien et le jour où ils ont, ils partagent. "

Voilà deux années riches d’une expérience qui a participé à fonder notre couple et nous sommes très heureux de ce temps de vie autre qu’économique. C’est la gratuité pour Dieu !

 

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Témoignage 87 - Brésil
Juillet 2007

Dona Carmina

" Venez rencontrer une personnalité importante de la paroisse par son courage et son exemplarité! " nous annonce le P. Bernard, curé de la paroisse Notre Dame des Alagados en plein cœur d’une favela. Il nous emmène visiter Dona Carmina.

Elle a autour de 70ans et son visage rempli de bonhomie nous assure déjà de son grand cœur !

- Sa vocation ?
- Mère d’éducation

Elle accueille les enfants dont les parents ne peuvent ou ne veulent plus s’occuper. Et ceux ne sont pas les plus faciles.

A la fois femme de prière et les pieds sur terre, elle passe ses journées à éduquer, parler, former ces jeunes qu’elle désire évangéliser et construire pour qu’ils ne tombent pas dans la drogue ou les sectes trop nombreuses.

Une douceur extrême associée à une force profonde et une grande foi, elle représente une autorité de Dieu.

Elle a acquis une dimension universelle car pour tout le quartier elle est une référence.

On sent chez elle, l’aptitude qu’avait Jésus à rencontrer d’abord la personne humaine avant ce qu’elle a fait. Cela dépasse vraiment la religion en devenant universel.

Elle se protège de tout le mal qui l’entoure en priant tout le temps.
Que ce soit la drogue, la violence, les sectes, l’alcool, les armes…tout fait tomber dans cette favela.

Dona Carmina reste ferme dans sa conviction catholique, dans son cœur uni à Jésus pour éduquer ceux qui en ont le plus besoin : les enfants. Elle les aime !

 

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Témoignage 86 - Brésil
Juillet 2007

Irma Dulce

" Chaque fois que tu peux, offre à quelqu’un de l’amour et avec amour ", Irma Dulce

Maria Rita de Souza (future Irma Dulce) est née en 1916 à Salvador de Bahia. Son enfance a été heureuse et remplie de joie. Elle perd sa mère à 7 ans et à 12 ans va vivre chez sa tante. Celle-ci l’emmène donner des médicaments et de la nourriture dans les familles pauvres des favelas. A partir de ce jour, elle décida de venir tous les dimanches apporter des aliments, prendre soin des malades.
A 20 ans, elle rentre au Couvent des Carmes dans la Congrégation des sœurs missionnaires de l’Immaculée Conception et Mère de Dieu à Sao Cristovao.
Toujours de bonne humeur, elle irradiait de sympathie et faisait toujours les petites tâches avec enthousiasme Elle priait beaucoup et répétait souvent : " c’est en priant que l’on rencontre l’aliment pour notre âme ".
Le 15 août 1933, elle fait ses premiers vœux et reçoit le nom de sœur Irma Dulce et est envoyée en mission à Salvador de Bahia !
Après avoir travaillé dans un sanatorium, elle devient professeur de géographie, mais son cœur était totalement tourné vers les pauvres et Irma Dulce aura la force de demander à la Mère Supérieure de consacrer son temps pour eux., ce qui lui sera accordé.

Elle va faire de l’alphabétisation en fondant l’école Saint Antoine. En 1936, avec le frère Hildebrabdo, ils vont fondé un dispensaire : l’Unité opératoire Saint François.
Irma Dulce continue de se promener dans la rue, ramassant les mourants et les plus pauvres des plus pauvres. Elle trouve de l’aide auprès des commerçants.
Jusqu’au jour où une sorte de petite rébellion se forme au sein de la favela contre son travail et surtout contre le fait qu’elle s’y installe. Elle a alors recours à Saint Antoine, peut être le saint le plus prié au Brésil pour qu’il lui donne un lieu d’accueil pour les mourants.
Elle avait tant de difficultés financières notamment pour agrandir le dispensaire qu’un jour, avec tous les enfants de la favela alors que le Président Salta passait pour aller à l’église des Senhor de Bomfin, elle l’arrêta pour lui demander de l’argent pour construire un hôpital. Ce qu’il fit.

En 1948, a été inauguré le centre opératoire de Bahia. " C’est une œuvre de Dieu " s’écria Irma Dulce !
Là, les familles reçoivent une " assistance intégrale ". Le dentiste, le généraliste, puis petit à petit, c’est un cinéma, un restaurant populaire, un service d’alimentation pour les plus démunis qui va être proposés. Le succès est énorme. Irma Dulce va aller jusqu’à introduire l’image du Sacré Cœur de Jésus dans les usines de Salvador.
Le Préfet de Salvador lui ordonnera de déplacer tout ces gens ailleurs car cela dérange les touristes et le travail sur Salvador.
La Mère Supérieure lui propose son poulailler…Irma Dulce va transporter tout le monde là bas…
Situé près d’un carrefour, un jour Irma Dulce entend un bruit énorme : deux bus se sont encastrés l’un dans l’autre et prennent feu immédiatement. Irma Dulce va rentrer dans les deux bus et sortir des personnes des flammes. Il y aura malgré tout des victimes pour la plus grande tristesse de sœur Irma.

Elle visite souvent les prisonniers et dira d’eux : " dans le cœur de chaque homme, pour violent qu’il soit, a toujours un zeste d’amour à développer "…
Un exemple d’humilité : elle allait démarcher les plus aisés et une fois, elle tend la main à l’un d’eux demandant de quoi les aider. Celui-ci lui crache dans la main. " Merci, mon fils cela est pour moi " et tendant l’autre main, elle ajoute " et s’il vous plait, aidez nos pauvres "…

En 1979, Mère Teresa est venue à Salvador et a rencontré Irma Dulce qui se sont dit ensemble : " nous sommes des instruments de Dieu "
En 1980 le Pape Jean Paul II l’a rencontré une 1ère fois.
En 1988, elle reçu le Prix Nobel de la Paix.
En 1991, elle tombe très gravement malade, le Pape Jean Paul II en visite au Brésil vient la voir dans sa chambre lui disant " ici est la souffrance du Christ lui-même comme agneau innocent ".
Elle entre dans la vie éternelle le 13 mars 1992 et aujourd’hui sa béatification est en cours !


 

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Témoignage 85 - Brésil
Juillet 2007

Sœur Cécile, auxiliaire du Sacerdoce

Sœur Cécile est la tante d’amis proches et fait partie d’une Communauté qui avait (jusqu’à ces jour-ci !) une maison à Chatou où nous habitons. Nous sommes donc allés visiter ces sœurs Auxiliatrices du Sacerdoce. Leur charisme repose essentiellement sur le soutien aux prêtres dans la pastorale.

A Salvador de Bahia, nous sommes dans la maison de formation du Brésil et nous avons rencontré la novice et une sœur brésilienne qui a fait ses vœux perpétuels récemment.
Il y a 12 maisons dans ce pays.
Sœur Anne, que nous avons embrassée dans son lit, car très malade, est arrivée au Brésil pour y fonder une maison, il y a 45 ans. Elle a passé sa vie dans ce pays qu’elle aime. Elle a rencontré Don Elder Camara. Elle a vécu dans les favelas alors que cela ne se faisait pas et connaissait bien leurs besoins. Elle a parlé portugais très vite pour pouvoir aidé les plus pauvres. On a senti chez elle une grande souffrance à cause de l’amplitude de la misère due à la corruption et à la drogue. Elle était très touchante dans son désir d’aider encore, avec ses souffrances peut être ceux qu’elle a aimés et le pays auquel elle a donné sa vie.

Sœur Cécile, était la directrice de la Congrégation jusqu’en 2004 quand elle a été missionnée ici à 65 ans ! Il a fallu apprendre le portugais, s’adapter au climat…

Aujourd’hui, elle est heureuse de pouvoir parler suffisamment bien pour aller visiter les prisonniers. C’est sa pastorale majeure et il y a 9000 personnes dans la prison de Salvador…
La majorité ont entre 18 et 25 ans, sont des afro-descendants et beaucoup sont analphabètes.
Le problème est avant tout la sorite de prison " quand on sort de là, on risque sa peau " répètent souvent les prisonniers.
Actuellement, c’est une jeunesse qui n’a pas peur de mourir. Ils n’ont pas de respect de la vie et n’ont peur de rien. L’ennemi, on le supprime !
La cause première de cet état d’esprit se trouve dans les gangs de drogue. Ils déclenchent des vols, des agressions tous ensemble, car ils sont en groupe.

Un prisonnier que Sœur Cécile va visiter régulièrement dans une prison différenciée lui a récemment avoué " je ne devrai pas être en prison car ce n’est pas moi, mais si Dieu m’a appelé là, c’est pour être missionnaire "…

Un jour, Sœur Cécile va en visite. Dans une pièce centrale, elle demande si elle peut laisser ses affaires là. " Oh oui, bien sur, ici il n’y a pas de voleurs, il n’y a que des tueurs ! "

Sœur Cécile aime la prison et elle nous a fait part de sa joie de travailler pour la justice à l’intérieure de la prison mais ce qui l’a rend plus heureuse encore c’est d’avoir trouvé ici la possibilité de dire sa foi, ce qu’elle n’avait plus à Montreuil en France.

 

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